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Sandrine POMNITZ

Sandrine POMNITZ
Dans l'univers bouillonnant et souvent opaque du marché de l'Art, le soutien aux centres d'Art Aborigènes en Australie représente une démarche à la fois éthique et culturelle. Ces institutions sont les piliers de l'autodétermination communautaire et les gardiennes d'un patrimoine millénaire. Nakamarra, skin name donné à Sandrine, signe fort de son intégration dans la communauté, travaille au sein d’un réseau de centres d'Art du territoire. Si elle est une professionnelle aguerrie, son parcours est avant tout une histoire de quête de sens.

Qu'est-ce qui pousse une professionnelle de l'Art à quitter les galeries urbaines pour s'immerger dans la vie et les défis des communautés les plus reculées ?

Sandrine nous ouvre les portes de son parcours personnel, une trajectoire de vie qui a transformé la simple administration artistique en une véritable vocation culturelle.

Préparez-vous à découvrir le sens profond qu'elle a trouvé dans la transmission, la résilience et le lien inaltérable à la terre.

“J'étais femme d'expat : douze ans à Sydney, huit ans dans le cocon protecteur du Lycée Français. Pourtant, en 2013, lorsque la citoyenneté australienne est devenue une réalité, quelque chose a basculé. Ce n'était plus suffisant d'être ici, il fallait être Australienne, au sens profond du terme.

Pour moi, cela signifiait une chose : aller à la rencontre des premières nations, un impératif qui exigeait de quitter le confort de la ville pour l'immensité de l'Outback.

Ce fut le début d'un pèlerinage pour m'imprégner de la culture et des origines de mon nouveau pays. Mon passé atypique m'a étonnamment préparée. Vingt-cinq ans de voyages et de bénévolat m'ont dotée d'une capacité d'adaptation que j'ai pu rapidement mettre au service des communautés.



Sandrine POMNITZ
Mes années passées à travailler dans l'éducation, notamment auprès d'enfants autistes, m'ont donné une patience et une bienveillance qui sont devenues ma monnaie d'échange dans les terres isolées.

Mon immersion dans ces communautés a transformé ma connaissance et ma sensibilité artistique. Au début, j'aimais ce que l'on lit dans les livres.

Aujourd'hui, j'ai développé un œil affûté. Je peux faire la distinction entre un artiste traditionnel, souvent cantonné aux marchés touristiques et un artiste prometteur prêt à intégrer des galeries renommées.

Vivre avec les artistes m'a appris les nuances cruciales : certains peuvent peindre un Tjukurrpa (Dreaming) ancestral uniquement parce qu'ils portent le bon skin name, un héritage familial.

D’autres se distinguent par un art plus contemporain, abstrait ou naïf. Mon rôle est de comprendre ces codes, ces transmissions, pour ensuite les traduire auprès du marché de l'art.
Sandrine POMNITZ
Le “skin name” est un système de parenté aborigène australien, hérité à la naissance, qui définit l'identité sociale de l'individu, ses relations, ses obligations et ses droits au sein de la communauté.

“Mon travail est l'interface entre la tradition la plus ancienne du monde et les exigences du marché moderne. Ma première mission est humaine : offrir un environnement accueillant où les artistes peuvent peindre et transmettre leur savoir. Ces centres sont des lieux vitaux de rencontre pour les familles, des incubateurs de créativité.

C'est la partie la plus stimulante. Je dois dénicher les lieux d'exposition qui correspondent au style de chaque artiste. Je suis là pour les faire connaître et reconnaître, les mettre en lumière sur la scène mondiale. C'est la meilleure façon de pérenniser leur histoire.

J'organise les “Art fairs”, je gère le site web et les réseaux sociaux, c'est essentiel pour que les artistes aient une source de revenus viable. Cette aventure a commencé par un coup de cœur artistique pour Judith Napangardi Watson. Mon admiration pour son travail et son histoire m'a amenée, malgré les pistes impraticables, jusqu'à sa communauté. Le fait d'avoir pu rencontrer sa famille, sa petite-fille qui perpétue son œuvre, ancre mon travail dans une lignée historique.

Quand la solitude ou la fatigue se fait sentir, je reviens à mes racines. Mais l'appel de l'Outback et de ce peuple revient toujours. Cette force indescriptible me rappelle que mon travail me nourrit humainement. Je suis là où je dois être, en tant que passeuse d'une histoire qui ne doit pas s'éteindre.



L'enseignement le plus bouleversant ? Le détachement des biens matériels. Dans notre monde, on nous conditionne à accumuler la belle carrière, la belle maison, les marques de luxe pour se sentir heureux. C'est un mirage. Chez les Aborigènes, cette course n'existe pas. Ils peuvent peindre des oeuvres qui se vendent des millions, et pourtant, l'argent n'est qu'un outil éphémère.

Ils m’ont appris le lâcher-prise : se défaire du besoin de posséder et faire confiance à la vie elle-même. C'est un antidote puissant à l'anxiété de notre société moderne. Gagner la confiance de ce peuple, c'est comme courir un marathon. Il faut du temps. Ils observent, car beaucoup de blancs ne sont que des "Land Cruisers de passage", des gens qui arrivent et repartent. Mon acceptation, mon respect, je les ai gagnés par mon travail soutenu, mon investissement dans les centres d’art, et surtout, par ma constance. Je suis encore là, et cela me donne une crédibilité que je n'avais pas au départ. Mon rôle aujourd'hui est d'être la gardienne de leur espace et la voix de leur Art. Il s'agit de créer un lieu accueillant où la transmission du savoir ancestral peut se poursuivre, et de promouvoir ensuite leur travail pour que leur histoire ne soit jamais oubliée”.



« Ils partagent tout. Ils ne possèdent rien de superflu, pas même leurs propres toiles sur leurs murs.…»



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